Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
Les gens ne regardent pas, ils pensent.
…, s’étonnant des commentaires que l’on faisait de ses oeuvres, cité par Miguel Aubouy dans Le… Lire


  • fous de mer

    il se croit seul
    en pleine mer
    moi aussi 
    sur l’océan féérique
    nous nous sommes reconnus
    dans la nuit mosaïque
    solitaires au coeur nu
    lui oiseau de mer épuisé
    qui n’a rien à faire ici
    moi marin absorbé
    par les heures de veille
    qui réveillent le passé

    l’oiseau s’installe sur les filières
    il danse à l’aise
    je n’ose lui jeter un œil
    de peur de l’effrayer
    pour lui je n’existe pas
    je suis à la fois
    agacé de son mystère
    et touché par sa grâce 
    j’essaie de barrer sans à-coup
    pour ne pas effrayer l’animal
    une gageure dans l’atlantique
    le cap ne fut pas fin cette nuit-là
     
    branlé par la houle
    il bouge comme un fou ce fou
    qui n’est pas un fou 
    mais un cormoran égaré
    qui se dévisse le cou

    je pense qu’il dormit
    à un moment je le vis
    la tête sous l’épaule
    le corps oscillant
    au rythme du bateau
    soulevé par la mer

    à l’aube il disparut
    sans me dire au revoir
    je ne vis n’entendis rien
    ni souffle ni soupir

    mais maintenant je le sais
    grâce à lui l’oiseau fatigué
    en pleine mer en pleine nuit
    je ne serais plus jamais seul 

    à toute heure
    pensant à lui
    je vivrais pleinement ma vie
    au mitan des océans ou d’ailleurs 

    à  J.V. et Golok  


  • haies

    tout ce qui existe
    est là-bas présent
    derrière la haie
    caché mais vivant
    il faut y aller
    quitte à s’écorcher
    ôter ce qui gêne
    à coups d’oxygène
    et quand on y est
    tout a permuté

    rien n’est révélé naturellement
    tout évolue dans un temps progressif
    vivre n’est qu’un glissement agressif
    de l’ombre des réalités des gens

    il faut imaginer ce qui sera
    rien ne reste figé ci et là
    enseveli pêle-mêle
    dans un passé poubelle

    je hais les haies
    elles sont partout
    devant derrière
    sur les côtés

    la vie est un enclos de reclus
    il faudrait être singe ou kangourou
    quand on est limace ou serpent
    il faudrait être gourou
    quand on est mouton
    bêlant ses reproches et ses regrets
    sa malvoyance et ses fragilités

    l’homme est un animal qui pleure
    cloitré il ne saura jamais
    son talent pour l’éternité
    dans le grand tintamarre des heures

    je voudrais être un grand oiseau
    volant sur les arbres les eaux
    les petitesses les soupçons
    vers l’hypnotisant horizon
    toujours plus loin toujours plus fort
    comme sont la vie et la mort


  • dehors dedans

    dehors
    bleu blanc vert
    couleurs prégnantes
    avions filant
    vers leur destin
    joyeux cris d’enfants
    montant de la vallée
    les oiseaux discutent
    revenus de loin
    sans me dérider

    dedans
    rien ne sourit
    mes sens reliés au monde
    ne m’y ont pas attaché
    je ne saurais jamais
    qui je suis
    spectateur de ma vie
    toujours en attente
    de quoi


  • d'abord le vent

    ici 

    on vit 

    on sent 
    différemment

    d’abord le vent incessant
    pénètre les pores
    cure de désintox
    massage brutal et caressant

    puis le soleil impérial
    se heurte aux nuages 
    les couleurs claires de la mer
    mordent les palmiers
    au pied des mornes rouges

    l’accent met en relief le sourire
    de gens calmes et lents
    le pélican brusque plongeur 
    repart lourd et décidé 
    l’iguane d’un autre temps 
    s’arque sur la pierre grise

    les taches de fleurs nonchalantes
    se penchent vers vous
    comme pour vous dire
    respirez calmement
    revivez 
    oubliez le temps
    laissez parler les sens 
    renaissance


  • éternelle universalité de la douleur

    quand leurs maris sont partis
    il y a des siècles semble-t-il
    les deux femmes bouddhistes
    sont entrées au temple de Gandan
    chaussées de leurs bottes mongoles
    elles y sont restées

    leurs doigts égrenant le temps
    sur de longs chapelets ridés

    les jours de marché
    assises là dans ce recoin
    toujours le même
    recroquevillées
    sur les marches du temple
    aussi usées qu’elles
    elles parlent à mi-voix
    des gens qui passent 

    avec le temps
    comme s’ils avaient de l’importance
    et ils doivent en avoir
    puisqu’elles sont encore là pour en parler

    chaque fois qu’elles se retrouvent
    la conversation reprend
    à l’endroit exact où elle s’était arrêtée
    elles commentent de minuscules épisodes
    le fil de la vie se déroule
    c’est le tout qui forme le monde
    tout se raconte
    plus rien ne les surprend
    mais tout les intéresse
    surtout les choses du dedans
    car leurs yeux plissés de compassion
    sont tournés vers les âmes qui souffrent
    les sans voix les solitaires les épleurées
    celles qui subissent en silence
    l’éternelle universalité de la douleur


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  • lexique

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  • liberté de la plume

    cette plume appartenait
    à un geai des chênes
    qui l’a déposée une nuit
    devant chez moi
    pour que je la trouve au matin

    deux centimètres de haut
    j’ai failli ne pas la voir
    depuis que je l’ai prise
    entre mes mains
    elle est entrée dans mon âme
    et ma vie a changé
    ma vision de la beauté
    mon symbolisme
    mon attention aux détails
    j’ai découvert
    le minusculement magnifique
    porteur d’envol et de légèreté
    de tournoiement aussi

    mais il a fallu
    qu’un petit animal
    perde un attribut
    pour que je gagne en émotion

    j’espère que cette plume
    n’est qu’une mue
    pas l’issue d’un combat
    un don pas une perte
    merci à l’oiseau
    qui m’a offert ce cadeau
    je lui promets
    qu’il portera ses fruits
    désormais mes mots
    seront ceux de sa liberté

    Texte de Luc Fayard inspiré par une plume de geai des chênes trouvée par Z.
    Voir la version illustrée.

    liberté de la plume

  • ode à l’oubliée

    ode à l’oubliée

  • partir

    barré par l’envol des oiseaux blancs
    le trait de lumière décoiffe l’horizon
    la mer désertée ne vibre plus du vent
    qui tourmentait le destin des passants

    il est temps
    de partir
    ailleurs
    où la peine
    serait douce
    à vivre

    je marcherai sur les sentiers embrumés
    respirant le souffle des frondaisons
    l’âme pleine de tableaux de rêves
    et de souvenirs aux reliefs embellis

    mais la pluie
    refroidira
    mon ardeur
    et le seul bruit
    de la nuit
    mon cœur

    l’aube verra palpiter la rosée
    et parvenu au seuil de la maison
    j’ouvrirai la porte sur l’espace sans fond
    et la refermerai sur mon ombre passée

    Texte de Luc Fayard; voir la version illustrée

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025