Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
il souffla si fort ses bougies que le temps s’accéléra l’espace se déforma les couleurs se séparèrent en demi-cercle dans un crépitement joyeux de rires et d’exclamations on pouffa de tant de flou il se dit serein que c’était bon signe pour vivre le reste de sa vie moins normée
Texte de Luc Fayard, inspiré d’une photo ratée d’Anne-Laure Baron Siou qui aurait bien voulu que je titre sa photo « essai abstrait »
nulle ligne assurée entre terre et eau entre bas et haut dans le palud pourtant à chacun sa substance sa texture sa couleur qui se relaient dans le passage invisible du fluide au solide dans la prégnance humide d’un paysage à part ici vibrent les sens en large palette du musqué au salé du sec au mouillé du silence au bruissement du gris noir au gris blanc le nez devant le pied l’odeur nous guide on la hume perdu dans la nasse d »un monde sans barrières seule la pluie pourrait réunir les matières dans la même brume soyeuse et mystérieuse ainsi va la vie brouillard tenace sans frontière entre jour et nuit
Texte de Luc Fayard, inspiré de Palud, de Marie Deloume – peinture sur zinc
je crée mes souvenirs comme un artiste repeint sa toile l’avenir est un élixir mêlant présent et passé
je ne suis que chimie de pensées programmées les mots mentent ils existaient avant moi
mon cœur s’emballe sans raison vers tous les cardinaux j’ai perdu le goût de tout je souris sans passion ne contemplant rien d’autre que l’intérieur de moi
et pourtant je respire j’existe mais pour quoi quel peut être le destin d’un grain de sable volant au moindre frisson du large marin les poussières ne peuvent se donner la main
croyant vivre la même aventure les hommes s’agglutinent flottants dans les mêmes courants tièdes
la réalité n’a pas de géométrie universelle la vérité est un leurre de l’histoire l’amour un rêve fatal à l’indépendance aveugle j’avance en automate monté sur quel ressort
ni justice ni compassion ni revanche ni haine peut-être simplement le désir de beauté drapeau blanc surnageant du naufrage pic vert coiffant la soucoupe des nuages seul chemin vers une transcendance qui se passe de l’histoire et des signes sans besoin de raison folle un chemin sans étoiles qui est tout sauf une ligne droite
Caspar David Friedrich – Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1818)
Diplôme d’Honneur – prix Europoésie – Unicef 2023; parue dans L’Anthologie Europoésie 2023
Texte de Luc Fayard, illustré par Le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich
Georges Saluterre – Sculpture n° 5475- terre cuite
grelottant dans le dortoir elles s’étaient endormies après frôlements et cachotteries serrées sous les couvertures emmitouflées elles s’étaient raconté pouffant et frissonnant des histoires gaies de vampires et d’ogres puis s’étaient tues rêvant à leur maman c’est dans ce cocon recroquevillées que le manteau du sommeil les avait recouvertes jusqu’à l’aube et sa lumière s’il avait gelé dans la nuit nue elles seraient statues
Texte de Luc Fayard, inspiré de Sculpture n°545, de Georges Saulterre (1943-2024) – terre cuite
Couverture du livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 2 : Art moderne et contemporain » – Textes de Luc Fayard – Éditions Amavero – 2024
Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier Poèmes courts sur des œuvres d’art. Vol. 2 : Art moderne et contemporain Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2024 COMMANDER LE LIVRE
Henri Matisse : Le Violoniste (1917), Le Luxe (1907), Portrait de Greta Prozor (1916)(de gauche à droite)
Je serais ce violoniste Qui joue à la fenêtre Derrière les volets bleus Ma musique monterait jusqu’aux nuages Et la tristesse glisserait Sur mon costume jusqu’à terre Où elle dessinerait une tache de deuil.
Trois fois murmuré Trois fois dessiné Trois fois perdu Il est là dans mes rêves verts Il est là dans les rues violettes Il est là dans la vie noire.
La beauté sortirait à peine de l’eau Je viendrais la sécher Avec des éponges bleues. Je jetterais à ses pieds des bouquets Trop vite coupés. Et je pleurerais de son parfum évanoui. Elle ne bougerait pas, Ni statue, ni femme, La beauté lointaine sortie de l’eau.
Trois fois murmuré Trois fois dessiné Trois fois perdu Il est là dans mes rêves verts Il est là dans les rues violettes Il est là dans la vie noire.
La souffrance tombait de ses épaules arrondies Sa robe de lin décelait les sanglots accumulés Elle se taisait et retenait ses mains sur ses cuisses fermées. Greta sortie de l’enfance bourgeoise S’enferme dans le deuil du désir.
Trois fois murmuré Trois fois dessiné Trois fois perdu Il est là dans mes rêves verts Il est là dans les rues violettes Il est là dans la vie noire.
Texte de Corinne Valleggia, inspiré de trois tableaux d’Henri Matisse : Le Violoniste – Le Luxe – Portrait de Greta Prozor.
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