Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
Une idée est un baume, une parole est un pansement, la poésie est un médecin,
…, William Shakespeare, 1864


  • quand je serai vieux

    quand je serai vieux
    rongé par les lunes
    je me souviendrai
    des si mauvais jours
    et je me dirai
    les ans pèsent lourd
    le chemin se serre
    devant est si près
    qu’on ne connait rien
    ni même où on va
    mes pas sur le sable
    droit vers l’océan
    où vont-ils ensuite
    et pourtant je rêve
    de ciel plage et mer
    vieillir c’est marcher 
    sans se retourner
    dans un grand brouillard
    qui s’épaississant
    pose tout son poids
    sur sa courte vie


  • oubliez-moi

    grandiose
    sublime
    définitif
    j’accepte de mourir
    bien obligé hein
    mais attention 
    sans souffrir
    ni finir gâteux
    eh pourquoi pas
    quand on désire très fort 
    quelque chose
    et que ça se produit
    qui peut prouver 
    d’où viennent
    ce hasard télépathique 
    ce miracle biologique
    cet esprit œcuménique
    qui sait

    dans ces conditions calmes
    mourir sans état d’âme 
    ne serait rien d’autre
    qu’un passage obligé
    imperceptible changement d’état
    une fois je respire
    une fois je ne respire plus
    à peine si l’on voit la différence
    quelqu’un dirait tiens il est mort le vieux
    comme s’il disait tiens il pleut
    personne ne pourra discerner
    ce grain de sable envolé
    dans la tempête cosmique

    seul souci
    je ne veux pas faire de peine
    à ceux que j’aime et qui m’aiment
    à ceux-là je dis
    oubliez-moi
    vous allez voir
    c’est plus facile qu’on croit
    et rapide
    oubliez-moi
    un peu plus chaque jour
    où que je sois
    l’oubli tranquille et progressif
    seule solution à la vie après la mort
    oubliez même
    que je vous aime
    si mal d’ailleurs
    que ça n’en vaut pas la peine
    oubliez mon visage et ma voix
    fragiles fusibles de l’être
    oubliez mon âme aussi
    incongrue sans relief
    si peu inoubliable
    mots volatiles
    émois dociles

    quand je serai mort
    mon être sera
    sans importance pour vous
    soit il vivra sans vous
    soit il n’existera plus
    mais vous n’en saurez rien
    oubliez les moments vécus ensemble
    créations de l’atomique hasard
    oubliez-moi 
    de haut en bas
    de dos de profil de face
    oubliez-moi
    sans effort
    avec le temps qui efface
    les minuscules traces
    et quand vous m’aurez oublié
    vous verrez
    vous vivrez mieux
    sans vous poser la question
    de savoir si j’existe encore
    quelque part

    quand je serai mort
    j’aimerai vous dire où je suis
    je vous dirai
    que je vous aime encore
    que c’est vous 
    qui m’avez fait exister
    vos pas
    votre souffle  
    vos bonheurs
    et même vos souffrances
    qui devenaient les miennes
    je n’aimerai pas mourir
    sans avoir dit aux gens que j’aime
    que je les aime
    j’aimerai vous dire 
    là-bas
    dans cet ailleurs inconnaissable
    que je pense à vous

    mais du néant c’est difficile
    et sinon
    si jamais je pouvais vous parler
    je serais sans doute surveillé
    par un vieillard grincheux
    comptable pointilleux
    de mes grands et petits péchés 
    quel ennui mon dieu

    mes amis
    un dernier mot
    celui-là ne l’oubliez pas
    même si vous devez oublier 
    qu’il vient de moi
    une expression tellement banale
    qu’elle passera inaperçu
    après tout ce temps perdu
    je me sens moins nu
    je sais enfin comment il faut vivre
    moi-même je n’y arrive toujours pas 
    autruche 
    baudruche
    mais je le sais
    je le scande
    il faut 
    goû-ter l’ins-tant pré-sent
    à tout moment
    comme s’il était unique
    sans après et sans avant
    goûter d’un geste laconique
    l’ici et le maintenant
    du karma bouddhique
    par essence par définition
    le monde n’a pas de sens préexistant
    c’est vous qui le lui donnez
    respirez 
    simplement
    tissez vous-même
    votre lien aux autres
    devenez votre univers
    en couleurs 
    rose et vert
    souriez 
    c’est plus difficile
    mais ça détend
    faites le plein 
    de l’instantané
    je regrette tellement 
    de ne pas l’avoir fait
    pour moi c’est trop tard
    un vieux ça ne pleure pas
    ça geint
    ça se souvient 
    quand ça peut

    je crois que je mourrai sans regret
    mais pas sans peur
    j’ai peur de la peur de mourir
    je me vois essayant de me raisonner
    si j’ai encore ma tête
    voyons c’est simple
    soit il n’y a rien et alors basta
    paix aux morts et vive les vivants
    soit il y a quelque chose
    et ce quelque chose
    prend tellement de formes inimaginables
    foldingues 
    énigmatiques
    qu’il ne sert à rien de s’énerver

    parmi les scénarios alternatifs
    je me regarde et je me dis
    peut-être pas tout de suite le paradis
    mais l’enfer quand même non
    ce n’est pas pour moi
    j’opte pour la probabilité 
    du purgatoire
    en mesure conservatoire
    mais combien de temps
    on s’en fout
    le temps n’existe plus
    de quoi te plains-tu
    homme veule et nu 


  • devant toi familière

    devant toi
    familière
    la grande ourse
    immense
    t’attire
    invinciblement
    dans ton dos
    la voie lactée
    tombe
    en léchant la mer
    face à toi
    le lever de vénus
    l’incroyable éclat
    de jupiter
    star du ciel
    pressée
    une étoile filante
    vient te saluer
    et quand tu regardes
    vers le haut du mât
    le feu de ton voilier
    ajoute une étoile au ciel
    les lumières blanches
    du plancton et des méduses
    défilent
    sous le bateau
    dans un ruban sautillant
    tu ne sais
    si tu les déranges
    ou les attires
    et puis
    ce bruit mouvant
    du sillage
    sur la coque
    à la fois caresse force
    et destin
    l’écran glauque du radar
    et ses taches vertes
    pour te rappeler
    que tu n’es jamais seul
    l’horizon percé
    de points lumineux
    à décoder
    la mer noire
    qui te cerne
    te porte et te surveille
    et ton regard
    qui ne sait où se poser
    vers l’eau
    ou vers le bateau
    vers l’extérieur
    où vers l’intérieur de toi


  • morts sombres

    dans le désert où tout est répété 
    enfouis par des années de terre rocailleuse 
    confinant en sépulcre leurs âmes rêveuses

    je contacte les morts sombres sous mes pieds

    je les devine qui souffrent gémissent
    au souvenir des chevaux mors aux dents
    et des troupeaux de yaks aux mille sangs
    moutons et chèvres mêlés aux comices

    le temps s’est arrêté je sens
    le temps serpent temps araignée
    grand moqueur de l’air et des gens
    maître de l’univers du vent

    et pourtant sous le ciel de pluie
    la roue a tourné malgré lui
    des 4×4 se sont introduits
    violant le passé du décor
    insouciants du tumulte en terre
    où se découragent les morts
    égarés surpris délétères
    cassés par le cri des moteurs 
    le crépitement des radios
    le grésillement des antennes
    tous les dieux anciens sont outrés

    et quand nous partirons tristes bohèmes
    enchainés au présent des charlatans
    laissant seuls les nomades survivants
    les morts ne seront jamais plus les mêmes


  • moine bouddha

    moi le moine je suis bouddha
    à côté du bouddha
    j’ai son sourire
    le même sens de la vacuité
    de l’être et des objets
    une perception réservée aux initiés
    alors quel est le plus bouddha des deux

    jour après jour le vide se fait en moi
    je m’approche de la vraie nature du monde
    mon ego perd sa forme
    j’ai déjà renoncé à tout 
    je respire l’impermanence des choses
    tout viendra à moi
    même vos regards votre brouhaha
    je les accepte 
    ils s’intègrent à l’harmonie naturelle
    ne cherchez pas 
    il n’y a rien à trouver
    laissez simplement la paix venir en vous
    et vous sourirez
    comme moi

Dernières publications d’art et de poésie

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

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  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

  • Comme je laissais derrière moi

    Comme je laissais derrière moi

  • Il est là monstrueux

    Il est là monstrueux démesuré
    debout par miracle
    Dans un maelström de particules
    Raide et impassible
    dans ce magma coloré
    Poursuivi par ce spectre grimaçant
    qui se cache à lui et veux l’engloutir
    Inconscient, il marche
    et va vers son destin
    Dans un tourbillon d’électrons dorés
    dont la beauté adoucira la fin

    Texte de Véronique Demant, inspiré par Silence d’or, de Sophie Rocco ; écrit en Atelier de poésie

    Il est là monstrueux

  • J’ai plongé dans cette mer

    J’ai plongé dans cette mer

  • J’aimerais que mes pensées se libèrent

    J’aimerais que mes pensées se libèrent, entourent mon âme, fassent vibrer mon corps comme le vent qui danse dans les arbres et fait résonner la pluie sur le tapis de mousse.
    J’aimerais ne pas juger mes mots avec dureté et venir comme sait le faire le loup/chien qui pose sa tête sur l’homme qui pourtant peut le chasser et l’aimer tour à tour.
    J’aimerais que ma créativité s‘exprime sans contrainte et emplie de liberté comme le cri de l’orage qui résonne dans la montagne, la foudre qui tombe ici et là avec fracas.

    Texte de Clémentine Ebert, inspiré par White Forest de Fatemeh Mohamadi
    Texte écrit en Atelier de poésie

    J’aimerais que mes pensées se libèrent

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025