Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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  • indices

    de sa fenêtre de train il regarde fuir
    sous les nuages immobiles
    les couleurs d’automne et les lignes
    prairies et collines mêlées
    arbres violets et toits rouges
    devant lui tout est courbe
    en bas tout s’en va
    en haut rien ne bouge

    il voit les ombres rases du soir
    s’étendre comme une pieuvre
    la pique soudaine d’un clocher

    recevoir des offrandes muettes

    il voit les frondaisons agitées des bosquets
    lieux secrets d’amours inavouées
    il imagine toutes ces vies violées
    par son regard TGV
    flèche éclair et magique
    qui transperce des plans de vie successifs

    il voit tout voyeur insatiable
    il ne voit rien
    à défaut de certitudes il s’accroche aux traces
    dans les champs les arabesques des tracteurs
    dans le ciel le V des migrateurs
    et le coton blanc des avions
    et puis ici et là dans un hasard organisé
    la fumée qui fuit des cheminées
    le pylône crucifié des fils électriques
    les rambardes comme des rails
    les rangées de serres
    les filets déployés des arbres fruitiers
    l’horrible usine et la vieille ferme
    les silos cathédrales
    et partout ces barrières infinies
    il ne voit que des taches et de l’eau
    des morceaux de vie des bribes

    pas le temps de voir les hommes
    trop petits à cette vitesse
    on ne voit que leurs indices
    et les animaux qui s’accrochent à la terre

    et il pense alors aux indices de sa vie


  • mer sans la mer

    ta vie s’étale marée sale
    marin pêcheur ou solitaire
    tout est flou dans ton passé mou
    y’a comme une brume cachée
    dans ce crachin qui cache tout
    c’est un désastre et tu t’en fous

    un jour la mer en aura marre
    de tes nostalgies aphasiques
    et des hommes au regard triste
    coriace elle se vengera
    des taiseux des fumeurs de pipe

    ce jour-là elle s’en ira
    sans rien dire sans prévenir
    elle oubliera de revenir
    elle partira sans regrets
    avec ses flots bleus sous le bras

    la mer ira droit loin devant
    si loin à perte de vue d’eau
    elle ira digne et sans bateaux
    rejoindre les grands dauphins blancs

    fière et ivre de sa vie verte
    de mousse et d’écume couverte
    elle ridera seule l’onde
    libre enfin de choisir sa houle
    à sa guise au gré des quadrants

    elle emportera les sirènes
    et la musique du grand vent
    les algues longues des hauts fonds
    les bouées les cris des baleines

    et nous les morts les faux marins
    humant la fin de l’air salin
    les yeux fixés sur la lisière
    de la mer y’aura plus la mer

    y’aura plus que des coques vides
    proue poupe inutiles hybrides
    posées au sol comme des tombes
    comme des ombres et des bombes

    voilà l’horizon s’est figé
    un plan fixe image arrêtée
    rouge sur rouge vert sur vert
    rien ne bouge non tout est clair

    mais tout a disparu là-bas
    tous les bateaux tous les mâts
    tandis que sur terre atterrés
    la foul’ se met à murmurer

    la mer sans la mer c’est comm’ si
    l’amour avait quitté la vie
    plus rien n’aura jamais de goût
    dans ce paysage de fous


  • vibrations

    j’aime le soleil après la pluie
    lorsque le silence dans l’air luit
    que d’un trottoir las délavé fume
    l’éclat vaporisé du bitume

    la ville virginale frémit
    les longs arbres sorciers se délient
    triste une larme d’éternité
    purifie les hommes statufiés

    au loin j’entends le grand gong vibrant
    jour nuit ciel la terre est frottement
    la lumière est blanche la mort fuit
    seul le soleil règne après la pluie


  • petite fille rieuse

    une petite fille rieuse aux yeux sérieux
    découvre un monde de magie
    peuplé de géants bourrus et vieux
    qui lui font guili guili

    cet ange sans malice
    retourne comme une crêpe l’âme et ses défenses
    elle en fait un calice
    d’odeurs nouvelles et de nouveaux sens

    elle est là
    et le monde perd sa bedaine
    halleluia 
    chantent les fées lilliput et les grosses marraines

    au cœur fatigué
    ton cœur fait boum boum boum boum
    aux yeux désabusés
    tes yeux tchoubidou bidou dou

    pourvu que ça duuuuuure
    ce rire pur cette vie angélique
    que tu oublieras plus tard dans la verdure
    tic tac tic tac des horloges mélancoliques

    c’est ainsi tu ne sauras même pas
    que tu fus un ange
    alors ici sérieux comme un pape je scelle cette vérité pour toi
    et tes parents un jour s’ils le veulent te diront ma louange

    le bonheur cristallin
    que tu donnes
    l’infarctus opalin
    dans nos vies brouillonnes

    lac chant murmure
    silence cri sourire douceur
    beauté absolue armure
    bonheur pur bonheur

    Versailles 23 décembre 2011


  • bel archipel

    La première île est grande et majestueuse
    Du haut de ses collines luxuriantes
    Elle contemple la mer et le monde
    D’un cœur empreint de compassion
    Les anses de ses abris
    Sont multiples et cachées
    Elles murmurent :
    Seuls sont ici protégés
    Ceux qui ont soif d’aventure
    Et faim des autres
    Du bout de l’horizon, on y vient
    S’y rafraîchir à l’eau pure de ses sources

    La deuxième île est plus petite
    Mais tout aussi fière
    Un sable blond et doux la déborde gaiement
    Elle ouvre ses bras en souriant
    Et vous invite à la douceur
    Si la mer est calme dans ses baies
    Parfois le vent siffle
    Aux cimes de ses arbres
    Quelques rochers épars la protègent
    Ils disent en fronçant les sourcils :
    Voici un pays nouveau
    Qui aime l’eau
    La boire et la donner
    A qui sait la goûter

    La troisième île est gracile et forte
    Les arbres songeurs y penchent un peu la tête
    Comme pour vous saluer en passant
    Mille sentiers odorants
    Y serpentent en flânant
    Le vent porte les sons variés
    D’un monde habité de désirs
    On y parle des langues musicales
    Ses côtes escarpées avancent loin
    Comme si elles voulaient fendre la mer
    Elles inventent des formes nouvelles
    C’est une figure de proue
    Une cathédrale

    La dernière île a surgi après les autres
    Plus jeune elle est plus vive
    Tout y pousse en tout sens
    C’est une jungle heureuse
    Qui souffle la vigueur et la joie
    Elle aime le soleil et craint la nuit
    Quand tout se cache et se tait
    Alors, en guettant le jour qui vient
    Elle dit : Je suis la vie, je suis la flèche
    Je suis le début d’un autre monde
    J’enfanterai des îles et des îlots
    Où tout sera clair et beau
    Et on la croit ma petite île

    Les quatre îles de l’archipel
    Sont baignées de la même mer
    Nourries de la même terre
    Sang du même sang
    Elles sont des âmes belles et fières


Dernières publications d’art et de poésie

  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

    Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

  • Comme je laissais derrière moi

    Comme je laissais derrière moi

  • Il est là monstrueux

    Il est là monstrueux démesuré
    debout par miracle
    Dans un maelström de particules
    Raide et impassible
    dans ce magma coloré
    Poursuivi par ce spectre grimaçant
    qui se cache à lui et veux l’engloutir
    Inconscient, il marche
    et va vers son destin
    Dans un tourbillon d’électrons dorés
    dont la beauté adoucira la fin

    Texte de Véronique Demant, inspiré par Silence d’or, de Sophie Rocco ; écrit en Atelier de poésie

    Il est là monstrueux

  • J’ai plongé dans cette mer

    J’ai plongé dans cette mer

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025