Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
Origine historique. Elle remonte à l’Antiquité grecque, rapportée… Lire














les portes de la nuit
sont prêtes à lever
devant moi sans un bruit
les voiles du secret
le chemin qui m’emmène
sans joie et sans allié
enterrera mes peines
tout sera oublié
les vallées et les tourbes
les secrets les non-dits
la magicienne courbe
graveuse d’interdit
l’antique virtuose
glissera sur la pente
de la beauté des choses
rendue évanescente
sans gloire ni rameau
dans mon lointain regard
le silence des mots
te dira qu’il est tard
quand au son de mon deuil
cerbère de l’oubli
je franchirai le seuil
des portes de la nuit
je n’aurai qu’un regret
n’avoir pas su te dire
dans un dernier sourire
à quel point je t’aimais














Artistes cités (de gauche à droite) : Nicolas Morin, Alik Assatrian, Romain Olive, Quickenborne, László Mednyánszky, Anne Herrero, Dee Nickerson, Kinga Janiak; (de haut en bas) Juanli Jia, Jesus Marinez-Flores, Pieter de Hooch, Paulo Ventura, Connie Niehoff, Philippe Ségéral, Karolina Orzelek, Piet Mondrian, Odd Nerdrum, John Caple, Fatemeh Mohamadi, Thomas Jaurion, Joe Nicastri, Antonio Lopez-Garcia, Bülent Aytaç, Luc Dartois, Zura, Morris Kantor, Philippe-Charles Jacquet, Jocelyn Besson-Girard
Texte : Luc Fayard, illustré par 28 artistes contemporains.
Poème primé, sélectionné dans L’Anthologie de la Poésie – Prix Arthur Rimbaud 2024; illustré ici par des œuvres issues du fabuleux Nicole’s Museum : 9000 œuvres d’art contemporain ! Que j’ai agrémentées chacune d’une dizaine de mots-clés fournis par ChatGPT qui a analysé ces œuvres ; puis j’ai demandé à ChatGPT de fournir 10 mots-clés sur la lecture de mon poème; et enfin ChatGPT m’a écrit un programme Python qui compare les listes de mots-clés, celles du poème et celles des 9 000 œuvres et qui me sélectionne celles qui ont au moins 4 mots-clés en commun avec mon poème. Résultat: 90 œuvres parmi lesquelles j’en ai choisi 28 qui me plaisent vraiment. Voir la première expérience similaire avec 20 tableaux pour le poème épicentre.
Max Jacob : Je garde dans la solitude
Je garde dans la solitude
comme un pressentiment de toi.
Tu viens ! et le ciel se déploie,
la forêt, l’océan reculent.
Tous deux le soleil nous désigne
par-dessus la ville et les toits
les fenêtres renvoient ses lignes
les fleurs éclatent comme des voix.
Lorsque ton jardin nous reçoit,
ta maison prend un air étrange :
comme un reflet, la véranda nous accueille,
sourit et change.
Les arbres ont de grands coups d’ailes
derrière et devant les buissons.
La vague, au loin, parallèle,
se met à briller par frissons.
Derniers Poèmes. publiés à titre posthume chez Gallimard en 1945
Yannis Ritsos : Nudité du corps
Une mer robuste,
d’un bleu profond,
t’a éclairé le visage.
Chassés par le soleil,
tous les morts.
Les pêcheurs sont passés
avec des paniers vides.
La lune palpitait
sur tes genoux.
Rien ne séparait plus
le vide de la plénitude.
Le temps s’allonge,
tu t’allonges.
Ton image immobile
sur le mur intérieur.
Cette peur
d’avoir oublié quelque chose
que j’aurais dû prendre.
Et la peur
qu’une telle immensité
ne connaisse une fin.
Erotica. Le mur dans le miroir et autres poèmes. nrf Poésie / Gallimard (extraits).



François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille
Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
L’augmenteront toujours
Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
Ne se retrouve pas ?
Je sais de quels appas son enfance était pleine,
Et n’ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.
Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.
Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,
Elle aurait obtenu
D’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
Qu’en fût-il advenu?
Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste
Elle eût eu plus d’accueil ?
Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste
Et les vers du cercueil ?
Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque
Ote l’âme du corps,
L’âge s’évanouit au deçà de la barque,
Et ne suit point les morts…
La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
On a beau la prier,
La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.
Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ;
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N’en défend point nos rois.
De murmurer contre elle, et perdre patience,
Il est mal à propos ;
Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
Qui nous met en repos.
François de Malherbe. Poésies, 1599.


