Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 414 artistes • 758 auteurs
publiés dans Amavero

  • Stevens (Wallace) : Domination of Black (Domination du Noir)

    At night, by the fire,
    The colors of the bushes
    And of the fallen leaves,
    Repeating themselves,
    Turned in the room,
    Like the leaves themselves
    Turning in the wind.

    La nuit, au coin du feu,
    Les couleurs des buissons
    Et des feuilles tombées,
    Se répétant elles-mêmes,
    Tournaient dans la chambre
    Comme les feuilles mêmes
    Tournent dans le vent.

    (suite…)

  • cauchemar

    lla voiture danse sur deux roues
    l’aspirateur s’envole à cheval sur son manche
    la maison fume comme une pipe
    le réverbère s’interroge sur son avenir
    le lit rebondit comme un fou à ressort
    le trottoir zigzague
    le téléphone dit des gros mots
    le camion de pompiers rue comme un mustang sauvage
    l’ordinateur radote radote radote
    le feu rouge reste rouge et le feu vert devient rouge
    le robinet du lavabo lache des jets d’eau multicolores
    le train qui passe allume toutes ses lumières
    la chaise fait la toupie sur un seul pied
    le cycliste tourne en rond
    la table monte en l’air et retombe en soupirant
    l’arbre se met à chanter
    le linge s’entortille sur son fil
    l’alouette exécute un salto arrière
    l’escalier en colimaçon ne mène plus nulle part
    l’autoroute fuit comme un tuyau percé
    le mur de la chambre murmure des mots d’amour vieux de mille ans
    l’horloge de l’église sonne minuit toutes les heures
    le livre dans la bibliothèque s’ouvre et se ferme faisant voleter ses pages
    je me réveille en sueur
    tout semble normal
    je me lève
    ouvre la porte
    avance un pied
    et je tombe
    je tombe


  • Pontonnier (Cécile) : 20 mots désuets et oubliés de la langue française

    Apoltronner : rendre peureux, poltron 

    Bombillement : bourdonnement (d’insectes, en particulier d’abeilles) 

    Contemption : mépris 

    Coquefredouille : homme sans valeur, sans esprit 

    Cunctateur : personne qui temporise 

    Gaber : plaisanter, rire, se moquer 

    Grenouiller  : nager (grenouiller des affaires : manoeuvrer)

    Hourvari : difficulté inattendue 

    Infundibuliforme : qui a la forme d’un entonnoir

    Marmiteux : piteux, misérable 

    Nivéen : d’un blanc pur, comme neige 

    Ocieux : oisif 

    Patafioler : maudire, punir 

    Piriforme ; qui a une forme de poire 

    Sardanapale : personne vivant une vie de luxe, dissolue 

    Sproposito : chose dite mal à propos 

    Tintinnabuler : produire un petit ton de clochette 

    Ubiquiste : qui peut se trouver dans plusieurs lieux à la fois 

    A vau-de-route : dans la précipitation, dans le désordre 

    Zinzinuler : chanter, gazouiller 

    publié sur fb par Bernadette L. et Pierre-Marc de B.


  • Suzuki (Daisetz Teitaro) : La légende d'Ou Tao-tseu

    Ou Tao-tseu (en japonais Godoshi) l’un des plus grands peintres de Chine,  vivait sous le règne de l’Empereur Siuan-tsoung, de la dynastie Tang. D’après la légende, sa dernière peinture fut un paysage commandé par l’Empereur pour orner  un des murs du palais. L’artiste dissimula son œuvre sous un rideau jusqu’à l’arrivée de l’Empereur ; tirant alors le rideau, il découvrit sa vaste peinture. L’Empereur contempla avec admiration une scène merveilleuse : forêts, hautes montagnes, nuages flottant dans le ciel immense, hommes sur les collines, vols d’oiseaux dans les airs. « Voyez, dit le peintre, au pied de cette montagne, réside un esprit. » Il battit des mains et la porte qui fermait l’entrée de la caverne s’ouvrit. set la porte qui fermait l’entrée de la caverne s’ouvrit. « L’intérieur en est magnifique au-delà de tout ce que les mots peuvent exprimer, poursuivit-il. Permettez-moi de vous montrer le chemin. » Ce disant, il entra dans la caverne ; la porte se referma sur lui et,  avant que l’Empereur étonné eût pu parler ou faire un geste, tout s’était évanoui sur le mur redevenu blanc où ne subsistait plus aucune trace du pinceau de l’artiste. On ne revit jamais plus Ou Tao-tseu.
    L‘artiste avait disparu, et tout le paysage avait été effacé ; mais de cet anéantissement surgit un nouveau monde spirituel, dans lequel résident les maîtres du  Zen, où ils accomplissent toutes sortes de bouffonneries, affirment toutes sortes d’absurdités, en restant cependant en parfait accord avec la vraie nature des choses, où se révèle un monde dépouillé de toutes ses faussetés, conventions et simulations et de tous artifices intellectuels. Tant qu’on n’aura pas pénétré dans ce monde de réalités, la vérité du zen restera çà jamais un livre scellé.

    Dairetz Teitaro Suzuki, Essais sur le bouddhisme zen

  • Proust (Marcel): Lasse, résignéee… (extrait d'A l'ombre des jeunes filles en fleurs)

    Lasse, résignée, occupée pour plusieurs heures encore à sa tâche immémoriale, la grise journée filait sa passementerie de nacre et je m’attristais de penser que j’allais rester seul en tête à tête avec elle qui ne me connaissait pas plus qu’une ouvrière qui, installée près de la fenêtre pour voir plus clair en faisant sa besogne, ne s’occupe nullement de la personne présente dans la chambre.
    Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs


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  • John McKinstry – Coastal Cottages (2024)

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  • Léon Spilliaert – La couture (1917)

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  • Roger Bissière : Composition verte (1961)

    Roger Bissière : Composition verte (1961)

  • Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

    Voudrais qu’on m’enfougère,
    qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
    qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
    qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
    Voudrais pas qu’on m’enterre.

    Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)

    Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025