
pensée errante © 2024 by Luc Fayard, Chantal Hannes, Éditions Amavero
is licensed under CC BY-NC-SA

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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

pensée errante © 2024 by Luc Fayard, Chantal Hannes, Éditions Amavero
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ma pensée part errante
avide d’assouvir
ses lubies d’asservir
sa chimère aberrante
elle vaque intrigante
toujours prête à servir
son ardeur pour gravir
toute sente insouciante
vif un son vient percer
mon rêve dispersé
le réel me fait face
dur un monde insensé
force mes yeux baissés
ma pensée s’éteint lasse
Texte de Luc Fayard qui récite son poème « pensée errante » accompagné au violon par la musique composée et interprétée par Chantal Hannes. Partition disponible sur la page
« partitions de poésique »
Mon sombre amour d’orange amère
Ma chanson d’écluse et de vent
Mon quartier d’ombre où vient rêvant
Mourir la mer
galets plats bondissant
sur l’eau trouble
d’un lac de pensées
toile d’araignée
de sentiments croisés
entre indicible et non-dit
permanent jeu pervers
du son et du sens
esquisses imparables
de beauté révélée
notes seules fusant
vers la cible lointaine
ou gaiement accolées
en résonance
signes obsolètes
à peine dessinés
dans le labyrinthe touffu
de l’âme à la raison
étendards bariolés
portant les écussons
de la liberté conquise
rochers de marbre
en taille directe
ou bijoux ciselés
au poinçon d’artisan
vagues séquentielles
sur la mer houleuse
des désirs enchaînés
méandres menant au but
par des détours obligés
ou lignes imparables
de traits volontaires
truelles de l’éternel
puzzle de vérité
nuages pépites d’un ciel
aux reflets de lumière
trésors accordés
à qui veut ouvrir
leurs serrures naturelles
posez-les sur un cercle
libres et solidaires
les mots vous habiteront
à jamais
Texte: Luc Fayard
illustré par le tableau d’Odilon Redon: Le rêve du poète
Voir une autre mise en scène, illustré par une image IA
Vous trouverez dans les quelques page qui suivent un petit essai sur l’art poétique, construit surtout à partir d’exemples venus de toutes les rencontres que j’ai pu faire en poésie depuis … des dizaines d’années. J’ai organisé le document à l’ancienne avec un sommaire et des chapitres pour vous permettre de naviguer d’un sujet à l’autre.
Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos remarques!
Max Jacob : Je garde dans la solitude
Je garde dans la solitude
comme un pressentiment de toi.
Tu viens ! et le ciel se déploie,
la forêt, l’océan reculent.
Tous deux le soleil nous désigne
par-dessus la ville et les toits
les fenêtres renvoient ses lignes
les fleurs éclatent comme des voix.
Lorsque ton jardin nous reçoit,
ta maison prend un air étrange :
comme un reflet, la véranda nous accueille,
sourit et change.
Les arbres ont de grands coups d’ailes
derrière et devant les buissons.
La vague, au loin, parallèle,
se met à briller par frissons.
Derniers Poèmes. publiés à titre posthume chez Gallimard en 1945
Yannis Ritsos : Nudité du corps
Une mer robuste,
d’un bleu profond,
t’a éclairé le visage.
Chassés par le soleil,
tous les morts.
Les pêcheurs sont passés
avec des paniers vides.
La lune palpitait
sur tes genoux.
Rien ne séparait plus
le vide de la plénitude.
Le temps s’allonge,
tu t’allonges.
Ton image immobile
sur le mur intérieur.
Cette peur
d’avoir oublié quelque chose
que j’aurais dû prendre.
Et la peur
qu’une telle immensité
ne connaisse une fin.
Erotica. Le mur dans le miroir et autres poèmes. nrf Poésie / Gallimard (extraits).



François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille
Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
L’augmenteront toujours
Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
Ne se retrouve pas ?
Je sais de quels appas son enfance était pleine,
Et n’ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.
Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.
Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,
Elle aurait obtenu
D’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
Qu’en fût-il advenu?
Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste
Elle eût eu plus d’accueil ?
Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste
Et les vers du cercueil ?
Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque
Ote l’âme du corps,
L’âge s’évanouit au deçà de la barque,
Et ne suit point les morts…
La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
On a beau la prier,
La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.
Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ;
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N’en défend point nos rois.
De murmurer contre elle, et perdre patience,
Il est mal à propos ;
Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
Qui nous met en repos.
François de Malherbe. Poésies, 1599.


