Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
À force de se dresser sur la pointe des pieds, on perd son équilibre. À vouloir faire de trop grandes enjambées, on n’avance pas. À se… Lire
Lao-Tseu


  • prince

    je fais partie d’une cohorte fière
    autour d’un prince blond et grand
    qui nous honore de son amitié
    et avec lui ce mot s’écrit en majuscules

    massif comme une forteresse
    il sourit d’un air calme et nous sommes sereins
    il ne parle pas beaucoup tel un prince
    mais il est là et nous comprend

    il sait des choses incommensurables
    je me demande où et comment il les a apprises
    il ne s’en sert pas pour écraser les autres
    mais pour mieux comprendre la vie

    c’est un guerrier un croisé un berger un roi mage
    il va chercher ses amis partout où ils se sont perdus
    et dieu sait s’ils se sont noyés les bougres
    dans la vie les tourments la fureur

    alors il les prend par la main sans rien dire
    et ils le suivent envoûtés
    pour rire avec lui longtemps dans la nuit
    et avec lui la nuit rutile et jure

    il est prince de sang mais de cœur surtout
    peu importe le blason pourvu qu’on ait l’âme
    son amitié nous pousse à nous dépasser
    nous les membres de la cohorte
    on est perdus sans lui faibles et lâches
    petites boussoles déglinguées

    et puis un jour trop tôt il a grimpé 
    seul en haut de la montagne
    dans les nuages et le soleil
    il nous a regardé et souri
    il a tendu son arc vers le ciel
    et quand la flèche s’est affranchie 
    elle a vibré d’un son de scie
    la vibration s’est accordée à celle de notre vie
    comme un étendard de cérémonie
    alors nous membres de la cohorte nous avons compris
    avant de vivre notre destin sans lui
    le prince nous avait anobli

    à A.M. 


  • passant

    j’aime la ville la nuit
    après la pluie
    ses lumières
    brillent
    dans le noir
    pour éclairer
    la pénombre
    des destins
    je suis un passant
    marchant sans fin
    vers une rencontre

    inspiré par le tableau de Cécile Gonne Victoria La ville la nuit


  • mourir un peu

    mourir un peu pour savoir
    et revenir et le dire
    la vie est belle 
    partir ne me fait pas peur
    j’en aurais même envie d’une certaine façon
    je meurs de ne pas savoir ce qu’il y a derrière tout cela
    au-delà de l’agitation de lumière et d’espoir
    d’ombres et de souffrances

    quand tout se taira n’y aura-t-il que le noir
    je ne peux le croire
    si ce néant est la réponse et que je le sache
    à quoi bon vivre
    si le noir nous attend en sortant du labyrinthe muré
    pourquoi continuer à s’affairer
    à quoi bon rester

    au contraire si tel est mon désir
    rien ne sera jamais plus beau que d’y être
    autant y aller sans attendre
    je n’ai aucune envie de mourir
    mais j’aimerais tant savoir

    le soleil se perd dans la mer de nuages
    sans me donner la réponse

    il me faudra mourir pour savoir
    je ne veux pas que ce soit définitif
    juste mourir un peu
    pas longtemps
    juste le temps de savoir

    je suppose qu’on le sait tout de suite
    fulgurance de l’évidence absolue
    tout le monde parle de la lumière blanche 
    au bout du tunnel
    je veux aller voir derrière elle

    et puis revenir bien sûr
    parce que la vie est belle 
    parait-il
    la vie est la vie
    elle ne se remplace pas

    si c’est ce que je crois
    je regretterai de ne pas y rester
    ayant goûté expérimentalement au paradis
    j’aurai peur de ne pouvoir y revenir
    et je vivrai dans cette douloureuse attente
    cette effroyable incertitude

    le noir c’est plus simple
    aucune envie d’y revenir
    plus jamais envie de mourir basta

    et le jour où je mourrai vraiment
    définitivement
    s’il me reste un peu de conscience
    je me dirai bon c’est fini
    j’ai bien vécu et voilà tout

    bon je préfère ne pas savoir
    mais j’aimerais tant


  • interdit négatif

    pelouse interdite
    parking réservé
    défense de traverser
    le sens obligatoire 

    est négatif
    est-cela la liberté
    faire tout sauf 

    défense d’entrer
    c’est marrant on ne dit jamais
    défense de sortir

    le jour où on le dira
    ce sera la guerre dehors

    défense d’uriner
    de penser peut-être
    défense d’aimer
    d’être heureux

    je veux embrasser toute herbe défendue
    et courir à contre-sens
    je veux sourire et crier en même temps

    rire intelligemment
    ne vous inquiétez pas
    j’ai besoin du regard des autres pour exister
    esse est percipi
    je peux être conforme
    un peu
    mais je veux être libre
    surtout
    libre de respirer la folie des autres
    l’insoutenable petite folie 
    persistante
    dans tout être aimant

  • respiration

    je respire jour et nuit
    à pleine âme
    le ciel qui s’unit à l’océan
    la caresse sifflante du vent dans les voiles
    la lumière bruissante du sillage des planctons
    réceptacle je respire les éléments en fusion
    mystérieux le cerne d’un feu lointain
    solitaire le bonjour d’une frégate nerveuse
    drapé le silence du paysage
    étoilée la nuit de cinéma
    blanche et grise l’aube rose et bleue
    plus belle ici qu’ailleurs
    tout converge vers moi spectateur ébloui
    passager nomade éphémère de la mer
    j’y respire un air plus fort que la vie


Dernières publications d’art et de poésie

  • François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille


    Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
    Et les tristes discours
    Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
    L’augmenteront toujours

    Le malheur de ta fille au tombeau descendue
    Par un commun trépas,
    Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
    Ne se retrouve pas ?

    Je sais de quels appas son enfance était pleine,
    Et n’ai pas entrepris,
    Injurieux ami, de soulager ta peine
    Avecque son mépris.

    Mais elle était du monde, où les plus belles choses
    Ont le pire destin ;
    Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
    L’espace d’un matin.

    Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,
    Elle aurait obtenu
    D’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
    Qu’en fût-il advenu?

    Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste
    Elle eût eu plus d’accueil ?
    Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste
    Et les vers du cercueil ?

    Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque
    Ote l’âme du corps,
    L’âge s’évanouit au deçà de la barque,
    Et ne suit point les morts…

    La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
    On a beau la prier,
    La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
    Et nous laisse crier.

    Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
    Est sujet à ses lois ;
    Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
    N’en défend point nos rois.

    De murmurer contre elle, et perdre patience,
    Il est mal à propos ;
    Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
    Qui nous met en repos.

    François de Malherbe. Poésies, 1599.

    François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille

  • La Gazette d’Amavero n°23 – Lundi 20 avril 2026

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  • Ajout d’œuvres d’art contemporain (Galerie 6)

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  • Tennessee Williams : We Have Not Long To Love (1956) – Nous n’avons pas longtemps pour aimer

    We have not long to love.
    Light does not stay.
    The tender things are those we fold away.
    Coarse fabrics are the ones for common wear.
    In silence I have watched you comb your hair.
    Intimate the silence, dim and warm.
    I could but did not, reach to touch your arm.
    I could, but do not, break that which is still.
    (Almost the faintest whisper would be shrill.)
    So moments pass as though they wished to stay.
    We have not long to love.
    A night. A day….

    Nous n’avons pas longtemps pour aimer.
    La lumière ne restera pas.
    Les choses tendres sont celles que nous rangeons.
    Les tissus grossiers sont ceux du quotidien.
    En silence, je t’ai observée peignant tes cheveux.
    Un silence intime, tamisé et chaleureux.
    J’aurais pu, mais je ne l’ai pas fait, tendre la main pour toucher ton bras.
    J’aurais pu, mais je ne l’ai pas fait, rompre l’immobile.
    (Le moindre murmure serait strident.)
    Ainsi passent les heures comme si elles voulaient rester
    Nous n’avons pas longtemps pour aimer.
    Une nuit. Un jour…

    Tennessee Williams (1911–1983). In the Winter of Cities (Dans l’hiver des villes). 1956 (New Directions Publishing).

    Tennessee Williams : We Have Not Long To Love (1956) – Nous n’avons pas longtemps pour aimer

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025