Con mi razón apenas, con mis dedos,
con lentas aguas lentas inundadas,
caigo al imperio de los nomeolvides,
a una tenaz atmósfera de luto,
a una olvidada sala decaída,
a un racimo de tréboles amargos.
Caigo en la sombra, en medio
de destruidas cosas,
y miro arañas, y apaciento bosques
de secretas maderas inconclusas,
y ando entre húmedas fibras arrancadas
al vivo ser de substancia y silencio.
Dulce materia, oh rosa de alas secas,
en mi hundimiento tus pétalos subo
con pies pesados de roja fatiga,
y en tu catedral dura me arrodillo
golpeándome los labios con un ángel.
Es que soy yo ante tu color de mundo,
ante tus pálidas espadas muertas,
ante tus corazones reunidos,
ante tu silenciosa multitud.
Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
envueltos en otoño y resistencia:
soy yo emprendiendo un viaje funerario
entre tus cicatrices amarillas:
soy yo con mis lamentos sin origen,
sin alimentos, desvelado, solo,
entrando oscurecidos corredores,
llegando a tu materia misteriosa.
Veo moverse tus corrientes secas,
veo crecer manos interrumpidas,
oigo tus vegetales oceánicos
crujir de noche y furia sacudidos,
y siento morir hojas hacia adentro,
incorporando materiales verdes
a tu inmovilidad desamparada.
Poros, vetas, círculos de dulzura,
peso, temperatura silenciosa,
flechas pegadas a tu alma caída,
seres dormidos en tu boca espesa,
polvo de dulce pulpa consumida,
ceniza llena de apagadas almas,
venid a mi, a mi sueño sin medida,
caed en mi alcoba en que la noche cae
y cae sin cesar como agua rota,
y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
a vuestros materiales sometidos,
a vuestras muertas palomas neutrales,
y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
y ardamos, y callemos, y campanas.
Avec ma seule raison, avec mes doigts,
avec de lentes eaux lentes inondées,
je tombe au royaume des myosotis,
à une tenace atmosphère de deuil,
à une salle oubliée, déchue,
à une grappe de trèfles amers.
Je tombe dans l’ombre, au milieu
de choses détruites,
et je regarde des araignées, et je broute des forêts
de bois secret, secret,
et je marche parmi des fibres mouillées
vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.
Matière douce, ô rose de branches sèches,
dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
en me frappant les lèvres avec un ange.
C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
devant tes pâles épées mortes,
devant tes cœurs réunis,
devant ta silencieuse multitude.
C’est moi entreprenant un voyage funéraire
parmi tes cicatrices jaunes :
c’est moi avec mes lamentos sans origine,
sans aliments, éveillé, seul,
entrant dans des couloirs obscurcis,
arrivant à ta matière mystérieuse.
Je vois se mouvoir tes courants secs,
je vois grandir des mains interrompues,
j’entends tes végétaux océaniques
crisser de nuit et de fureur secoués,
et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
incorporant des matières vertes
à ton immobilité désemparée.
Pores, veines, cercles de douceur,
poids, température silencieuse,
flèches collées à ton âme déchue,
êtres endormis dans ta bouche épaisse,
poussière de douce moelle consumée,
cendre pleine d’âmes éteintes,
venez à moi, à mon rêve démesuré,
tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
et tombe sans cesse comme une eau brisée,
et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
et faisons feu, et silence, et son,
et flambons, et silence, et carillon.