Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
C’est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas


  • aux pages citoyens

    Anonyme – Sans Titre (sur une partition d’Eugène Ketterer)

    circulez y’a rien à voir
    balayez-moi tout ça
    notes futiles grinçantes
    phrases inutiles trébuchantes
    à quoi ça sert tout ça hein
    rien que du temps perdu

    taisez-vous
    pas de sons pas de mots
    ne parlons même pas des dessins
    n’y pensez plus
    et d’ailleurs
    ne pensez plus
    ou plutôt 
    ne pensez rien
    qu’on ne vous dise de penser
    c’est à peine 
    si vous avez le droit
    de respirer

    allez houste
    les mots les notes
    les dessins les croquis
    les pensées
    à la poubelle
    et qu’on retrouve enfin
    de belles pages blanches
    comme des plages sans touristes
    et sans parasols

    et surtout vides vides
    débarrassées des parasites
    venus d’on ne sait où
    de derrière les mesures 
    et les points d’exclamation
    armés de bécarres
    ou d’allégories les gueux

    mais la nuit
    dans le noir
    ils viendront
    les parasites
    comme des rats affamés
    des serpents à sonnettes
    les sans papier
    les sans notes les sans mot
    ils se glisseront dans vos rues
    et pendant que vous dormirez
    ils fouilleront dans vos poubelles
    derrière vos murs et vos maisons
    pour repartir avec des trésors
    de sens et de beauté
    dont ils feront des étendards
    de toutes les couleurs
    armes de la victoire finale
    sur la fatalité

    aux pages citoyens
    noircissez-les

    Texte de Luc Fayard inspiré par l’actualité permanente de ce fabuleux dessin des balayeurs de notes , probablement sur une partition d’Eugène Ketterer, dessin dont je n’ai pu retrouver la source ; si vous l’avez, donnez-la moi s’il vous plait, J’ai horreur de publier sans sourcer. Merci.


  • William Blake : Voir un monde dans un grain de sable

    To see a World in a Grain of Sand
    And a Heaven in a Wild Flower,
    Hold Infinity in the palm of your hand
    And Eternity in an hour.

    Voir un monde dans un grain de sable
    Et un paradis dans une fleur des champs,
    Tenir l’infini dans la paume de ta main
    Et l’éternité dans l’heure présente

    William Blake. Auguries of Innocence (Augures de l’innocence) écrit en 1803 mais publié posthume en 1863


  • objets sur un bureau

    Pavel Mentz – Still Life with Candle and Wine (2024)
    Rosario de Velasco – Objets (1933)

    la vie est là
    en résumé
    et en désordre
    quelques objets
    sur un bureau
    et tout est dit

    sur le mien vieux et beau
    hérité de ma mère
    avec son plateau
    de bois et de cuir vert

    il y aurait

    pas de crâne mais
    la boussole de mon père
    qui savait toujours où il était
    elle ne me sert à rien
    son compas de marin
    à pointes sèches
    pour tracer sa route
    la mienne zigzague
    dans les doutes
    quelques livres bien sûr
    témoins d’une autre vie
    je lisais tellement
    vorace jamais rassasié 
    un bic on ne sait jamais
    mais c’est jamais
    il rouille
    des câbles en tas de nouilles 
    pour me relier au monde
    par peur d’en être coupé
    des écrans plein d’écrans
    pour la même raison
    écrire pour exister
    ou pour oublier qu’on existe

    une tasse de café sale
    qui traîne persistante
    ma seule drogue
    les autres m’ont fait mal

    et puis mes souvenirs
    prégnants ou futiles
    surtout les regards les odeurs
    les strates empilées
    de mon enfance rêveuse
    sans bouger sans actes

    et maintenant comme avant
    mes heures passées seul
    les yeux dans les vagues
    d’un décor apposé
    hier un mur grillagé
    aujourd’hui la vallée verte

    l’âme en constant débord
    pressé par le temps
    les mains sur le clavier
    et sur les écrans gris
    les mots toujours les mots
    qui racontent impassibles
    la litanie de ma vie


    Texte de Luc Fayard inspiré par la photo « Still Life with candle » de Pavel Mentz (voir son site mentzart.com ) que j’ai voulu comparer au tableau Things de Rosario de Velasco (1933) .

    NDLR : A partir de ces deux natures mortes très inspirantes à 90 ans d’écart, je pars à la recherche d’autres natures mortes avec livres et évidemment j’en trouve plein… depuis l’Antiquité (bon d’accord, en trichant un peu !…)
    J’ai rassemblé ma sélection dans une petite galerie pour le plaisir que vous pouvez consulter à votre guise et enrichir bien entendu: voir la page

    AUTRES GALERIES


  • Guillaume Apollinaire : L’Adieu

    J’ai cueilli ce brin de bruyère
    L’automne est morte souviens-t’en
    Nous ne nous verrons plus sur terre
    Odeur du temps brin de bruyère
    Et souviens-toi que je t’attends

    Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913


  • chaise rouge

    Luc Fayard – La Chaise dos à la mer (2024) – photographie

    dos à la mer
    où rien ne bouge
    juste une ride
    la chaise rouge
    blanche et altière
    reste impavide

    au loin les monts
    vaporisés
    de brume moite
    se retransmettent
    en un frisson
    leur silhouette
    au trait chinois

    quel est le fou
    pour ignorer
    qu’ainsi s’asseoir
    la mer au dos
    quand vient le soir
    c’est négliger
    la beauté fière
    d’un court instant
    d’éternité
    et de repos

    Texte inspiré par une photo de Luc Fayard, prise à Lefokastros, Pelion, Grèce



Art et Poésie : dernières publications

  • Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

    Un jour se perd
    Dans le ciel fait en hâte
    La lumière ne laisse pas de trace dans la neige
    Un jour se perd
    Ouvrir et fermer des portes
    La graine du soleil s’ouvre sans bruit
    Un jour commence
    La brume gravit la colline
    Un homme descend la rivière
    Ils se rencontrent dans tes yeux
    Tu te perds dans le jour
    Chantant dans le feuillage de la lumière
    Des cloches sonnent au loin
    Chaque appel est une vague
    Chaque vague ensevelit à jamais
    Un geste une parole la lumière contre le nuage
    Tu ris et te peignes distraite
    Un jour commence à tes pieds
    Chevelure main blancheur ne sont pas les noms
    De ces cheveux de cette main et de cette blancheur
    Ce qui est visible et palpable dehors
    Ce qui est intérieur et sans nom
    A tâtons se cherchent en nous
    Suivent la marche du langage
    Passent le pont que leur tend cette image
    Comme la lumière entre les doigts ils glissent
    Comme toi-même entre mes mains
    Comme ta main avec mes mains ils s’entrelacent
    Un jour commence en mes paroles
    Lumière qui mûrit jusqu’à devenir chair
    Ombre de ton corps lumière de ton ombre
    Maille de chaleur peau de ta lumière
    Un jour commence dans ta bouche.

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

  • Antonio Corradini : Dama velata (1722)

    Antonio Corradini : Dama velata (1722)

  • Roberto Juarroz

    Et comme nous savons déjà qu’il n’existe pas de paradis perdus, il ne nous reste dès lors qu’à être le paradis.

    Poésies verticales. 11-21. nrf/Poésie/Gallimard, 2021. Date de publication originale: 1988

    Roberto Juarroz

  • Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)

    Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)

  • Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)

    Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)

  • John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance

    John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance

  • Ajouts d’œuvres d’art moderne (Galerie 6)

    Ajouts d’œuvres d’art moderne (Galerie 6)

  • Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien) (1958)

    Entre tu nombre y el mío
    hay un labio que ha dejado la costumbre de nombrar.

    Entre la soledad y la compañía
    hay un gesto que no empieza
    en nadie y termina en todos.

    Entre la vida y la muerte hay unas plantas pisadas
    por donde nadie ha caminado nunca.

    Entre la voz que pasó y la que vendrá
    hay una forma callada de la voz
    en donde todo está de pie.

    Entre la mesa y el vacío
    hay une línea que es la mesa y el vacío
    por donde apenas puede caminar el poema.

    Entre el pensamiento y la sangre
    hay un breve relámpago
    en donde sobre un punto se sostiene el amor.

    Sobre esos bordes
    nadie puede ser mucho tiempo,
    pero tampoco dios, que es otro borde,
    puede ser dios mucho tiempo.

    Entre ton nom et le mien
    il y a une lèvre qui a perdu l’habitude de nommer.

    Entre la solitude et le monde
    il y a un geste qui ne commence en personne et se termine en tous.

    Entre la vie et la mort
    il y a des plantes foulées
    sur lesquelles personne n’a jamais marché.

    Entre la voix révolue et celle qui viendra
    il y a une forme silencieuse de la voix
    où tout est debout.

    Entre la table et le vide
    il y a une ligne qui est la table et le vide
    où peut à peine cheminer le poème.

    Entre la pensée et le sang
    il y a un éclair
    où sur un point l’amour s’appuie.

    Sur ces bords
    nul ne peut survivre longtemps,
    et dieu lui-même, qui est un autre bord,
    ne peut être dieu longtemps.

    Poésies verticalesI-4. 1958. Traduction de l’espagnol (Argentine) par Ferdinand Verhesen

    Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien) (1958)

  • Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

    Quand le grand rabbin Israël Baal Shem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif, il avait coutume d’aller concentrer son esprit en un certain lieu du bois; là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté.
    Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Nezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons, il accourait au même endroit et disait : « Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. » Et le miracle s’accomplissait. Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait : « Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière, mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. » Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait. Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace. Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes : « Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois. Tout ce que je sais faire c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. » Et cela suffisait. Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires.

    Cité par Roberto Juarroz. Poésie et réalité. 1987

    Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

  • Max Jacob : Je garde dans la solitude (1945)

    Je garde dans la solitude
    comme un pressentiment de toi.
    Tu viens ! et le ciel se déploie,
    la forêt, l’océan reculent.

    Tous deux le soleil nous désigne
    par-dessus la ville et les toits
    les fenêtres renvoient ses lignes
    les fleurs éclatent comme des voix.

    Lorsque ton jardin nous reçoit,
    ta maison prend un air étrange :
    comme un reflet, la véranda nous accueille,
    sourit et change.

    Les arbres ont de grands coups d’ailes
    derrière et devant les buissons.
    La vague, au loin, parallèle,
    se met à briller par frissons.

    Derniers Poèmes. publiés à titre posthume chez Gallimard en 1945

    Max Jacob : Je garde dans la solitude (1945)

  • Yannis Ritsos : Nudité du corps (1981)

    Une mer robuste,
    d’un bleu profond,
    t’a éclairé le visage.
    Chassés par le soleil,
    tous les morts.

    Les pêcheurs sont passés
    avec des paniers vides.
    La lune palpitait
    sur tes genoux.
    Rien ne séparait plus
    le vide de la plénitude.

    Le temps s’allonge,
    tu t’allonges.
    Ton image immobile
    sur le mur intérieur.

    Cette peur
    d’avoir oublié quelque chose
    que j’aurais dû prendre.
    Et la peur
    qu’une telle immensité
    ne connaisse une fin.

    Erotica. Le mur dans le miroir (1981) et autres poèmes. nrf Poésie / Gallimard (extraits), 2013

    Yannis Ritsos : Nudité du corps (1981)

  • Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)

    Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025