Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
We tend to overestimate the effect of a technology in the short run and underestimate the effect in the long run.
Nous avons tendance à… Lire
Roy Amara


  • l'eau qui te sauve

    la nuit règne l’absurde
    le jour l’incolore
    les mots résonnent vides
    comme des falaises guettant la mer 
    où de grands rochers muets 
    camouflent leur récit

    le soleil se dérobe
    te laissant seul 
    face au néant
    même les chiens errants
    marchent l’œil triste et bas
    le silence ne sert à rien 
    quand tu es sombre et las
    tu n’as rien à pleurer
    ni à regretter
    rien à oublier
    l’ombre pieuvre s’étend
    tassant les reliefs du passé
    ta vie s’étale plaine rase
    fatal désert de la banalité
    et puis 
    de très loin
    lentement
    fantômes errants devenant réalité
    se dévoilent en procession
    la pensée d’un sourire 
    l’odeur douce d’une peau caressée
    une flèche de lumière dans les nuages percés
    des taches s’élargissant en bleu et blanc
    pour colorier un nouvel univers
    alors 
    les cônes de pluie s’éloignent
    la tristesse se dissout dans les limbes
    et surtout 
    ton cœur bat
    quand tes pieds nus se crispent sur le sable
    tout revient 
    dans une bouffée submergée de sens
    exquise tiédeur
    mécanisme huilé de la pression 
    talon plante orteils 
    pointillisme de la texture
    plaisir inégalé de cette marche unique 
    éphémère
    la longue trace de tes pas
    bientôt couverte par la mer
    as-tu remarqué
    c’est toujours l’eau qui te sauve
    le souvenir de son odeur salée
    le cycle du roulement de la marée
    l’écume qui point avec le vent
    il suffit que tu songes 
    à une plage nue d’hiver
    sur le relief breton
    pour que tu plonges 
    et t’immerges sans raison
    dans le non-dit de l’enfance
    à nouveau tu avances
    à nouveau tu espères

  • jamais seul

    je suis seul dans le désert de sable
    quand survient un berger en mobylette
    cherchant quelques chèvres 
    disparues pendant sa sieste
    ensemble nous avons pris le thé en riant

    je suis seul sur mon bateau
    dans l’atlantique alizé 
    quand je croise un grand voilier 
    en course autour du monde
    j’ai la priorité mais je le laisse passer
    je reçois le salut des équipiers

    je suis seul dans la forêt ronde
    quand je vois un écureuil 
    effrayé par un chevreuil 
    effrayé par moi
    je pars sur la pointe des pieds
    mais le mal est fait

    je suis seul sur la page blanche et rose
    quand les mots viennent et me sauvent

    je suis seul dans la foule dense
    et je le suis resté longtemps
    jusqu’à ce que reviennent ces moments
    qui me disent la même chose

    dans ma vie d’actes et de pensées
    plus jamais seul je serai entouré à toute heure
    de mes souvenirs autour du coeur
    et de mon passé entrecroisés


  • infinis sept

    7 secret magique cabalistique
    saints de bretagne premiers immigrés
    esther et ses belles prophétesses
    péchés capitaux tellement attirants
    thèbes et ses trop nombreuses portes
    menorah chandelier bizarre avec tant de branches
    elohim fatigué ajoutant un jour de repos
    rayons du dieu soleil quand il t’éblouit
    versets dans la sourate al-fatiha pas un de plus
    époque archaïque des sages grecs chacun sa maxime
    indicatif téléphonique international de la russie
    nombre de chakras et de villes saintes hindoues
    couleurs de l’arc en ciel 
    étoile polaire et ses copines de la petite ourse
    seven up youp la boum joyeux anniversaire
    diacres ordonnés par les apôtres
    ut et les autres notes ça suffit                     
    années de malheur si tu casses un miroir
    oumra période où tu marches tu marches 
    naga le serpent dont tu dois te méfier
    dormants d’éphèse jeunes et vieux
    et pour finir bien sûr et pour toi 
    la rose et ses foutus pétales


  • fous de mer

    il se croit seul
    en pleine mer
    moi aussi 
    sur l’océan féérique
    nous nous sommes reconnus
    dans la nuit mosaïque
    solitaires au coeur nu
    lui oiseau de mer épuisé
    qui n’a rien à faire ici
    moi marin absorbé
    par les heures de veille
    qui réveillent le passé

    l’oiseau s’installe sur les filières
    il danse à l’aise
    je n’ose lui jeter un œil
    de peur de l’effrayer
    pour lui je n’existe pas
    je suis à la fois
    agacé de son mystère
    et touché par sa grâce 
    j’essaie de barrer sans à-coup
    pour ne pas effrayer l’animal
    une gageure dans l’atlantique
    le cap ne fut pas fin cette nuit-là
     
    branlé par la houle
    il bouge comme un fou ce fou
    qui n’est pas un fou 
    mais un cormoran égaré
    qui se dévisse le cou

    je pense qu’il dormit
    à un moment je le vis
    la tête sous l’épaule
    le corps oscillant
    au rythme du bateau
    soulevé par la mer

    à l’aube il disparut
    sans me dire au revoir
    je ne vis n’entendis rien
    ni souffle ni soupir

    mais maintenant je le sais
    grâce à lui l’oiseau fatigué
    en pleine mer en pleine nuit
    je ne serais plus jamais seul 

    à toute heure
    pensant à lui
    je vivrais pleinement ma vie
    au mitan des océans ou d’ailleurs 

    à  J.V. et Golok  


  • haies

    tout ce qui existe
    est là-bas présent
    derrière la haie
    caché mais vivant
    il faut y aller
    quitte à s’écorcher
    ôter ce qui gêne
    à coups d’oxygène
    et quand on y est
    tout a permuté

    rien n’est révélé naturellement
    tout évolue dans un temps progressif
    vivre n’est qu’un glissement agressif
    de l’ombre des réalités des gens

    il faut imaginer ce qui sera
    rien ne reste figé ci et là
    enseveli pêle-mêle
    dans un passé poubelle

    je hais les haies
    elles sont partout
    devant derrière
    sur les côtés

    la vie est un enclos de reclus
    il faudrait être singe ou kangourou
    quand on est limace ou serpent
    il faudrait être gourou
    quand on est mouton
    bêlant ses reproches et ses regrets
    sa malvoyance et ses fragilités

    l’homme est un animal qui pleure
    cloitré il ne saura jamais
    son talent pour l’éternité
    dans le grand tintamarre des heures

    je voudrais être un grand oiseau
    volant sur les arbres les eaux
    les petitesses les soupçons
    vers l’hypnotisant horizon
    toujours plus loin toujours plus fort
    comme sont la vie et la mort



Art et Poésie : dernières publications

  • Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

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  • Man Ray : Chevelure (1937)

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  • Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

    Le soir, avant de dormir, le roi et la reine s’attachaient par le pied au même anneau d’argent, ils roulaient une seule ceinture de brocart autour de leurs deux tailles, passaient le même foulard de soie autour de leurs deux cous, afin que, si quelqu’un venait lui enlever son épouse pendant son sommeil, le roi aussitôt s’éveillât.
    La nuit de leur arrivée, alors que le prince fatigué dormait dans la maison qu’ils avaient louée, Ali Demmo sortit doucement pour ne pas l’éveiller. Il parcourut la ville, arriva devant le palais, se fit indiquer la pièce où le roi et la reine avaient coutume de passer la nuit.
    Il fit la même chose le jour suivant mais, ayant pris soin de se munir d’une échelle de soie, il monta jusqu’à la chambre haute qu’on lui avait indiquée et, par la croisée, regarda: il vit les deux pieds du roi et de la reine engagés dans le même anneau, leurs tailles passées dans la même ceinture, leurs cous enroulés dans le même foulard.
    La troisième nuit, Ali Demmo prit avec lui l’échelle de soie, un poignard et monta jusqu’à la chambre à coucher, où il s’introduisit doucement. Il défit l’agrafe de l’anneau d’argent, coupa la ceinture de brocart; il allait enlever aussi le foulard de soie quand… le roi s’éveilla. Ali Demmo lui plongea aussitôt son poignard dans la poitrine et acheva de détacher le foulard. La reine, effrayée, allait crier. Ali Demmo lui appliqua la main sur la bouche.
    – Ne criez pas, lui dit-il, et ne craignez rien. Je suis venu vous sauver. Dites-moi seulement comment nous pourrons sortir, vous et moi, de ce palais.
    Fiancée du Soleil regarda Ali Demmo. Il n’avait pas l’air de lui en vouloir, malgré son poignard, et de toute façon c’était une chance à courir, car la tyrannie du roi lui pesait de plus en plus.
    – Tiens, dit-elle, voici les habits du roi mets-les et sauvons-nous. Quand nous arriverons aux portes, c’est moi qui parlerai aux gardes. Reste dans l’ombre, ils te prendront pour mon mari.

    ….

    Contes berbères de Kabylie. Myhologie. PKJ, 1996
    NDLR: poésie en prose brutale, la reine est ravie qu’on ait tué son mari…

    Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

  • André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

    André Derain : Trois Arbres, l’Estaque (1906)

  • Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

    Campbell Lindsay Smith : Les deux corbeaux (1892)

  • Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

    Les souvenirs sont des rubans de salves de clairière
    les banderoles du vent à Noël sur la terre

    Les forêts ont leurs feuillures secrètes
    leurs nids de miel de hiboux du bal
    et leurs anneaux de chiffon d’émail de lumière
    pour habiller les fées

    Tu m’appelais par mon nom
    et plantais des œillets d’azyme aux boutonnières des naufragés
    Tu m’appelais par mes désirs
    par toute chaude caresse pulvérisée au sol
    par la pelisse de groseille de plomb des colloques de midi

    Tu m’appelais par ma fièvre
    par le violon de noix de mes pulsations
    par le grillon d’arcade de chaque torche de néant

    Tu m’appelais par ma voix
    par l’arrogant brassard de tulipe de harpe de ton fidèle amour
    du premier cri de mousseline de rameau d’amour
    qui crépite dans l’âtre
    Les souvenirs sont des échasses de moelle de silence
    Le soleil promène le monde dans sa cage de roseau
    Les enfants le guident

    *

    Maçon d’eau d’air d’ombre
    je l’ai reconnu à sa carrure
    aux tunnels de ses mains profondes
    transparentes par endroits
    comme des taches de jour sur l’onde

    Ses couteaux mûrissent dans mes sentiers
    Ils tournent dans l’air comme des étoiles
    et deviennent flèches de ma nuit quand je dors

    Maçon de neige de laine de leurre
    l’envers d’une chevelure brouillée de clairons
    je l’ai reconnu à sa cruauté
    à la moisson de scalp de ses orgies de pou
    Il riait de ma frayeur
    Tailleur de griffes de sphinx il régnait
    Je l’ai reconnu à la leçon des hauts mâts de vertige du porche
    que nous franchirons côte à côte
    quand tu m’auras secouru

    Tu reviendras le jour où les grenouilles les grives
    émanciperont l’air de l’herbe où tu t’étends
    Tu reviendras avec ta promesse de colombe
    heureuse d’avoir accepté la mort pour renaître
    Je l’ai reconnu montreur de croix de joue
    ton visage contre le mien

    La voix d’encre (1949) in Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988, nrf/Poésie/Gallimard , 1959, 1975, 1990, 1981, 1987, 2003
    Pour ceux qui veulent essayer de décrypter la poésie de Jabès, voici une analyse du texte par l’IA Gemini que je trouve intéressante.

    Edmond Jabès : L’auberge du sommeil (1949) – II

  • Guy Renne : Vénus trigonométrique au verre (1957)

    Guy Renne : Vénus trigonométrique au verre (1957)

  • Giovanni Segantini : Ave Maria à la traversée (1886-1888) – © Stephan Schenk, Segantini Museum

    Giovanni Segantini : Ave Maria à la traversée (1886-1888) – © Stephan Schenk, Segantini Museum

  • Blaise Cendrars : Je ne suis pas de votre race (1926)

    Je ne suis pas de votre race. Je suis du clan Mongol qui apportera une vérité monstrueuse : l’authenticité de la vie, la connaissance du rythme, et qui ravagera toujours vos maisons statiques du temps et de l’espace, localisées en une série de petites cases. Mon étalon est plus sauvage que vos engrenages poussifs, son sabot de corne plus dangereux que vos roues de fer. Entourez-moi des cent milles baïonnettes de la lumière occidentale, car malheur à vous si je sors du noir de ma caverne et si je me mets à chasser vos bruits. Que sur mes berges vos pontonniers ne réveillent jamais mon tympan endolori, car je ferais siffler sur vous le vent incurvé comme un cimeterre. Je suis impassible comme un tyran. Mes yeux sont deux tambours. Tremblez si je sors de vos murs comme de la tente d’Attila, masqué, effroyablement agrandi, revêtu de la seule cagoule, comme mes compagnons du bagne à l’heure de la promenade, et si avec mes mains d’étrangleur, mes mains rouges par le froid, je force le ventre aigrelet de votre civilisation!

    (1887-1961). Moravagine, Éditions Grasset, 1926 Littérature et Poésie

    Blaise Cendrars : Je ne suis pas de votre race (1926)

  • Theo Balden : Geschwister (Frères et Sœurs) (1974)

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  • Yan Bernard Dyl : La Duchesse de Bruxelles (1927)

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  • Gabriele Münter : Dame im Sessel, schreibend. Stenographie, Schweizerin in Pyjama (1929)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025